Religion et Sagesse égyptienne

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Message par Ase le Lun 23 Jan - 5:29

La religion égyptienne dans ses grandes lignes (compte rendu de Claire Lalouette).

En général, on n'aborde pas sans quelque méfiance l'étude des religions égyptiennes antiques, à certains égards si étranges et, plus d'une fois, contradictoires.

Il faut, pour les comprendre, allier l'esprit critique à l'intuition, combiner l'érudition et le sens des hypothèses, témoigner, enfin, de cette sympathie
pour le sujet traité sans laquelle rien de stable ne saurait être construit.

Ces qualités éclataient au plus haut degré dans le remarquable chapitre sur les faits religieux que le chanoine Drioton écrivit il y a quelques années
(Les peuples de l'Orient méditerranéen : l'Egypte, E. Drioton et J. Vandier).

Au cours d'une brève introduction, le chanoine Drioton nous soumet l'idée qui constitue la dominante de son travail : la religion étant « à la fois une question de philosophie et de croyance positive », un monothéisme philosophique et un polythéisme de fait coexistèrent en Egypte.

C'est ce qu'il s'est efforcé d'établir en examinant successivement : 1° le Dieu des sages ; 2° les dieux des temples ; 3° la théologie.

1° Le savant Directeur du Service des Antiquités de l’Égypte observe que, dans bon nombre de textes égyptiens, d'époques diverses, il est question
d'un dieu appelé Ntr, sans autre détermination. Le papyrus Prisse, le conte du Naufragé, le papyrus d'Ani, certains distiques du tombeau de Pétosiris, entre autres, nous prouvent que les Égyptiens s'adressaient parfois à « Dieu », conçu comme un être unique et tout puissant.
Si l'existence de ce Dieu des Sages a longtemps échappé aux égyptologues, c'est qu'ils se sont principalement attachés à interpréter les inscriptions gravées sur les murs des temples.
Ces textes, consacrés aux « dieux concrets vénérés dans les divers sanctuaires », ne pouvaient, par définition, que traduire les courants polythéistes de la religion. Quand, par hasard, on rencontrait la troublante désignation anonyme : Ntr, on la traduisait par : « un dieu », ou : « le dieu », mais le chanoine Drïoton nous démontre que cette traduction, dans certains cas, est inadmissible.
Au reste, le Document de théologie memphite (stèle de Shabaka, British Museum, n° 797), qui remonte aux premières dynasties, en ce qui concerne l'élaboration du texte, témoigne « d'un effort d'explication monothéiste ».

2° A ce Dieu un, fruit de la spéculation et principe d'une religion intérieure, s'opposent les dieux des temples, nombreux et divers. Le chanoine Drioton brosse un remarquable tableau des cultes égyptiens; il étudie successivement les dieux locaux, les divinités secondaires, la personne du roi, le culte journalier, la magie, les croyances funéraires et l'assistance aux morts (il a tenté, notamment, avec succès, de mettre un peu d'ordre dans les données complexes que nous possédons sur l'au-delà et les a résumées et commentées en termes clairs et précis).

3° Étant admis l'existence de ce double courant d'idées, la théologie s'est efforcée de ramener les cultes polythéistes à l'unité primitive.
Selon le chanoine Drioton, le monothéisme aurait été, chez les habitants de la vallée du Nil, la première manifestation de la pensée religieuse ; l'existence, dès l'époque préhistorique, d'un dieu Our (Wr), identifié par Junker, n'en est-il point une preuve et ne garde-t-il pas une trace de cet état de choses ? N'est-ce pas ce dieu qui reparaît dans l'hymne à Amon de Leyde et certaines inscriptions ptolémaïques ? Dans le polythéisme même, on est parfois conduit à reconnaître « les débris d'un monothéisme primitif » : chaque dieu était considéré, dans sa ville, comme le maître de l'Univers, et cela dès la plus haute antiquité.
Avant la période historique, les tentatives d'unification ont abouti en premier lieu à la formation de triades (groupement de plusieurs dieux dans le cadre de la famille), puis à l'élaboration de synthèses mythologiques plus complexes (comme celles d'Héliopolis et d'Hermopolis), correspondant à l'établissement de royaumes de plus en plus étendus dans la vallée du Nil (l'unification politique entraînant plus ou moins directement l'unification religieuse).
Mais la puissance de la tradition et l'influence des clergés locaux, attachés à défendre la suprématie de chaque divinité provinciale, enrayèrent ce progrès vers l'unité ; la politique réussit à « faire prédominer ce qu'elle favorisa... Le dieu du roi eut toujours tendance à devenir le roi des dieux ».
On aboutit en fait à « une sorte de panthéisme divin, selon lequel tous les dieux étaient assimilables les uns aux autres et se trouvaient être, à des degrés divers, des manifestations de Dieu ».

Quelques savants, antérieurement, ont déjà pris position en faveur de l'existence de ce monothéisme égyptien.
Le chanoine Drioton lui-même, en 1922, admettait déjà, semble-t-il, que les Égyptiens avaient connu le « Dieu des Sages ».

C'est d'un Dieu unique, surveillant la destinée de l'homme, d'un Être affecté d'une force suprême, d'une unité abstraite, philosophique, qu'il s'agit.
Aussi ne faut-il pas confondre les cas que je viens de citer avec ceux, assez nombreux, où le terme neter, nouter, désigne clairement le roi ou bien sert à symboliser « le dieu qui est dans l'homme », c'est-à-dire son « cœur ab », son « être Ka », ou son « âme Ba » ou, enfin, les cas où il sert de remplaçant au nom du dieu Râ.
Il faut noter, d'ailleurs, que cette idée d'un monothéisme égyptien, évoluant vers le panthéisme, était familière aux premiers égyptologues, de Champollion à Mariette. Le chanoine Drioton pense être en droit de reconnaître dans ce culte rendu à un dieu unique un fait de civilisation primitive.

http://www.persee.fr/docAsPDF/rhr_0035-1423_1946_num_131_1_5493.pdf


J'aimerais aller plus loin dans cette première analyse.

On sait que le Temple représentait la demeure du Neter, à la fois la synthèse et la reproduction, à une échelle réduite, du cosmos.
Chaque élément du temple avait une fonction pratique et symbolique et considéré dans son ensemble, c'est un livre qui illustre soit la cosmographie (géographie de l'univers).

Si j'ai bien compris, dans la pensée de l'antique religion égyptienne, Créateur et créatures sont un même être, Demeures et Dieu sont un même être. Cette idée-là était nommée "Nétèr / Ntr / Nétjer qui véhicule l'idée de la toute puissance, du principe premier, d'une identité fonctionnelle naturelle, et de l'énergie du Divin. Le Ntr n’est pas séparable de tout ce qui est dans l'Univers.

La religion des anciens égyptiens accordait une place importante à la protection et à la glorification de la nature, qu'ils associaient à des entités titulaires, et derrière l'apparente prolifération des netjrou (les dieux égyptiens) se cachait une unité profonde, un même principe divin, auquel chacun participait et dont ils étaient, chacun à leur façon l'incarnation.

Quelques variations de la racine ntr :
nTr ↔dieu
nTr.t↔ déesse
nTr.w↔ dieux
nTrj↔ divin

La représentation du netjer personnifiait l'énergie créatrice, le souffle de vie, la puissance créatrice, l'énergie divine, celle-là même qui était intrinsèque à tous les êtres de "dieu" : ainsi, pour les anciens Égyptiens, l'ensemble des constituants de l'univers auraient étés en rapport avec la divinité ! Un peu à l'image d'une énergie appelée Ntr qui circule dans les constituants / récepteurs d'un circuit électrique, et qui proviendrait de Dieu / générateur. L'intensité de l'énergie serait d'une part en rapport avec la nature du constituant, mais d'autre part en contenant le Ntr le récepteur devenait Dieu. Ainsi, que cette énergie était la même dans tous les éléments qu'elle intégrait, ou que son intensité qui différait de constituant en constituant, cette énergie spirituelle faisait des éléments récepteurs 1/ des principes monospirituels indeterminés et impersonnels mais néanmoins vivants (lorsqu’on analyse les caractères individuels des nétèrou, on voit bien qu’ils appartenaient en même temps à d'autres, même si le nom ainsi que l’aspect des déités peuvent changer et, cela d’un sanctuaire à l’autre), et 2/ des qualités en soi créatives comme "l'amour d’Hathor", la "sagesse de Thot", la "noblesse d'Horus", la "bienveillance d'Isis".

En guise de conclusion, que ce soit le « Dieu des Sages » de notre égyptologue français ou encore le « Ouâ Ouâty » ("le Un Unique") des écrits sacrés de la sagesse égyptienne ou encore le « Neter / Ntr », il semblerait bien que les anciens égyptiens aient développés un système fonctionnel et spirituel qui allie religion et philosophie.

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Message par Invité le Lun 23 Jan - 9:21

Merci beaucoup pour cette introduction que j’ai lue avec attention.  Elle met bien en valeur la progression : d’abord un dieu « unique », mais pour chaque tribut/religion (comme en Arabie), puis une tentative de conciliation pour réunir tous ces clans, donc un polythéisme.  Mais on ne mentionne pas ici  le tentative de ré-unification par Akhénaton avec son culte exclusif pour Râ ?
Si j'ai bien compris, dans la pensée de l'antique religion égyptienne, Créateur et créatures sont un même être
ceci m’étonne puisque le pharaon se considérait comme un dieu ?
La religion des anciens égyptiens accordait une place importante à la protection et à la glorification de la nature, qu'ils associaient à des entités titulaires,
cela est le cas de nombreux peuples »primitifs », comme les amérindiens, les celtes…

Tu as abordé le sujet sous l’angle des dieux, mais si je ne me trompe, il y a d’autres textes comme ceux attribués à Hermès Trismégide qui décrivent la philosophie ?  Dans le "newage" mais aussi chez les francs-maçons, elle est considérée comme la base des enseignements mystiques, restés occultes jusqu'à nos jours.  As tu des infos à ce sujet ?

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Message par Ase le Mar 24 Jan - 8:32

A vrai dire, je ne me suis jamais véritablement intéressé aux origines du monothéisme égyptien, en admettant qu'il y ait vraiment eu une forme de monothéisme en Égypte selon le sens qu'on donne au mot "monothéisme" actuellement...

Sous le règne d'Amenophis IV / Akhenaton, il est connu le monothéisme est né parce qu'Akhénaton à tenté de supprimer les cultes des nombreux dieux égyptiens pour le remplacer par le culte d'un dieu unique Aton (un dieu solaire), cependant on ne possède aucune source sérieuse indiquant qui aurait véhiculé le monothéisme en Égypte.
De plus, et bien qu'une certaine forme de monothéisme soit déjà perceptible chez les égyptiens (et chez les celtes), il a également subi une influence, plus tardive, grecque et phénicienne (même Platon vers la fin de sa vie tendra vers la notion d'un Etre Suprême et d'un chemin de connaissance qui amène à lui). Ce qui fait que l'on ne sait pas trop ce qu'on entend lorsqu'on parle de monothéisme égyptien aujourd'hui.

Concernant le pharaon, je ne sais pas grand chose, si ce n'est qu'il représente la figure du monarque tout puissant, le successeur d'Horus, ce qui en fait un demi-dieu. Il n'est donc pas l'image de l'Etre Suprême, mais plutôt celle de l'Autorité Suprême.

Maintenant, peut-être que certains pharaons se prenaient pour des dieux sur Terre, ayant toute autorité et droit de vie et de mort sur les sujets du Royaume (sorte de folie des grandeurs mélangé à la pratique de la théogamie), ou bien peut-être que par là ils croyaient fermement, par le sang, être des descendants des dieux qui avaient vécus en terre d'égypte (les anciens égyptiens ont longtemps considéré leur civilisation comme étant un héritage d'êtres divins ayant vécu sur terre il y a des milliers d'années avant la dynastie zéro de la chronologie officielle). Cependant, la formule politico-religieuse "fils de Râ" qui servit à légitimer la filiation divine au pharaon n'apparaît que vers la IVème dynastie, non avant.

Concernant la notion de Créateur chez les égyptiens, je t'invite à lire ces trois pages, à partir de la page 35, cela m'évitera de résumer l'essentiel.
https://books.google.fr/books?id=-LNulH8I6BoC&pg=PA37&lpg=PA37&dq=Drioton+religion+%C3%A9gyptienne+dieu&source=bl&ots=4kOKzqHaIj&sig=JA3O9pshMeKblClSR1u1aDhM5Vw&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwix0IW3u9jRAhUESRoKHed2CMkQ6AEIRjAJ#v=onepage&q=Drioton%20religion%20%C3%A9gyptienne%20dieu&f=false

Enfin pour terminer, j'ai lu jadis les Tables d'émeraude d'Hermès Trismégiste, dont on fait remonter l'origine à Thot en Égypte, cependant c'est trop vieux pour que je puisse m'en souvenir correctement. Ce que je peut t'en dire, avec sobriété, c'est que pour les anciens égyptiens, les choses ici bas avaient un équivalent dans l'au-delà, plus précisément ils étaient le reflet du divin. Et ce "principe de transcendance" guidait toute leur philosophie et leur pratique de la spiritualité. Par exemple, lors de la construction d'un nouveau Temple, le pharaon dessinait sur le sol un rectangle sacré aux proportions du nombre d'or, et il était dit alors que le temple existait déjà dans le ciel avant qu'il n'existe sur la terre égyptienne.
Les choses matérielles terrestres et les êtres vivants ont un double dans l'au-delà (un Kâ), c'est tout le sens de "Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles de la chose unique".

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Message par Invité le Mar 24 Jan - 9:14

merci, c'est intéressant.  J'ai lu plus que les 3 pages, en effet cette notion de "Dieu=père" est assez répandue et très logique puisqu'elle reproduit quelque chose de connu: au début de notre vie, tout venait de nos parents, on comprend bien comment est venu l'idée d'un dieu créateur.

Ce qui me frappe ici encore (et ce n'est pas un scoop!) c'est qu'on s'adresse à ce Dieu-père/mère en général pour le flatter et demander des faveurs, la propitiation est la suite logique de la croyance.  Tout comme toute personne envers celles qui a autorité sur lui.

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