Le diable

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Le diable

Message par geveil le Lun 11 Fév - 1:11

LE DIABLE

Nous apprîmes qu’il avait élu domicile dans un superbe château abandonné par les humains car plusieurs crimes qui s’y étaient commis lui conféraient une aura le rendant proprement inhabitable. Pour lui c’était au contraire un délice d’autant qu’il était las des feux du manteau terrestre, ça manquait un peu de plumes et d’oreillers.
Décision fut prise, au niveau international d’en finir avec lui puisqu’apparemment, le très Haut ne faisait rien pour nous en débarrasser. Nous nous y rendîmes avec un commando de marines surentraînés et fourbis des armes les plus sophistiquées, de prêtres, pasteurs, exorciseurs porteurs de croix et de plusieurs tonneaux d’eau bénite. S’étaient aussi joints à nous  quelques gourous réputés pour leur élévation spirituelle et une  horde de journalistes dont votre serviteur.
Plusieurs incidents émaillèrent l’approche, mais sans gravité, un arbre tomba en travers de la route, les véhicules chargés de nous transporter tombèrent en panne à environ 3 km du château. J’avais l’impression qu’il nous disait “Venez, venez mes petits, qu’est-ce que croyez? De toutes façons c’est moi le plus fort”. Les soldats durent improviser des brancards pour transporter les tonneaux d’eau bénite. Pendant ce temps, les divers prêtres récitaient des patenôtres. Quand le château fut en vue, nous éprouvâmes tous une sensation de froid  et plus nous approchions, plus cette sensation hostile s’accentuait, sensation à la fois hostile et attirante, comme lorsqu’on se penche au bord d’un gouffre.
Lorsque nous arrivâmes, les portes s’ouvrirent toutes seules. Personne pour nous attendre sur le perron mais un tapis rouge se déroula, moqueur comme une langue qu’on tire. Le chef du commando s’écria: “Bon, nous ne sommes pas là pour pique-niquer, au boulot” et il distribua les soldats par groupes de trois dans les diverses ailes du château avec pour mission de débusquer le Diable et de le détruire. Chaque groupe était accompagné d’un prêtre garni d’une croix et d’un galon d’eau bénite. Les gourous, eux, trimbalait des objets hétéroclites comme de l’ail, des pieux de bois, des pattes de coq, des fleurs séchées. Les groupes se dispersèrent, chacun vers son secteur.
Je me joignis à l’un d’eux au jugé et nous enfonçâmes dans les antres du château par des couloirs interminables. Les soldats marchaient comme un crabe à trois corps l’un d’eux tourné vers l’arrière, armes pointées, les accompagnateurs devaient longer les murs. Tout à coup nous sursautâmes à l’écoute de hurlements d’agonie mais qui venaient d’assez loin. Nous entendîmes quelques coups de feu puis plus rien. Nous continuâmes notre progression, de nouveaux hurlements et de nouveaux coups de feu se firent entendre, plus proches. Le prêtre pâlit et le gourou tremblait. Moi aussi. De nouveau des coups de feu et des hurlements, dans une autre aile du château. Etait-il possible que le diable se déplace si vite? Auquel cas, nous n’avions aucune chance, il pouvait surgir à chaque instant, sans qu’on l’ai entendu venir.
Et c’est ce qu’il fit, au détour d’un couloir. C’était un belle créature, de plus de deux mètre de haut, d’un noir  sans fond, comme le néant. Un froid terrible l’entourait. Il était muni de deux grandes ailes de chauve-souris dont les bords étaient parcourues d’aigrettes de lumières, comme des éclairs qui courent le long des nuages. Ses yeux aussi étaient comme des gouffres sans fond. Tout en lui rappelait un ange en négatif. Mais je voyais que ce n’était pas un pur esprit et que comme les humains il était composé de matière, donc une création divine car toute matière est une étincelle de Dieu. Je le compris instantanément, c’était son point faible, le défaut de la cuirasse. Les soldats firent feu mais les projectiles le traversèrent sans aucun effet, il attrapa les soldats un à  un, se contenta de les presser contre son corps superbement musclé et il les incorpora. On vit les soldats disparaître en hurlant dans le noir sans fond de sa cuirasse. Le prêtre projeta de l’eau bénite qui retomba gelée en cristaux de glace. Le diable implosa d’un rire grinçant et incorpora le prêtre à son tour. Le gourou lança le pieux qui disparu dans le néant, présenta de l’ail ce qui fit rire le diable qui absorba le gourou. Enfin il se tourna vers moi. J’avais froid mais je n’avais plus peur, à quoi bon ? En fait, j’étais complètement détaché, amusé même, comme au cinéma.
- Non mais, tu t’es regardé” lui dis-je “ on dirait une production américaine de série B”. Comme je m’y attendais, il resta interdit. Sa structure matérielle lui jouait des tours et comme tout être fini, il n’avait pas tout prévu, il n’avait pu concevoir qu’on puisse rire de lui. Je me moquais d’ailleurs de lui sans méchanceté, je dirais même avec compassion, car ce ne doit pas être drôle de jouer toujours le même rôle.
- Alors comme ça, tu es Lucifer, l’ange de lumière qui n’a pas voulu s’incliner devant l’homme et louer avec les anges? “ Il ne répondit pas.
- Tu sais, je crois qu’à ta place, j’en aurais fait autant. Je trouve que l’homme n’est pas une réussite. Il y a bien eu quelques Mozart, Michel-Ange, Shakespeare, Kant et autre Luther King mais sur le nombre, ça ne fait pas grand chose. La masse est brutale, stupide, méchante, envieuse sans imagination ni sensibilité.
- Alors” dit-il  “veux-tu être de mes serviteurs ?” Lorsque nous parlons, nous expirons de l’air. Lui parlait en aspirant ce qui rendait sa voix creuse et sifflante. Pas de quoi m’impressionner, je m’y attendais.
- Et quel seraient mes attributions ?
- Tu es journaliste, les media font déjà un excellent travail en ma faveur. Je te donnerais une place telle et des moyens tels que tu pourrais multiplier ce travail au centuple.
- Dans quel but ?” Ses yeux noirs aspirèrent mes pensées.
-Tu le sais très bien”. Je le savais, en effet, démontrer que l’homme ne vaut rien et l’avilir jusqu’à son autodestruction.
- Puisque tu lis si bien dans mes pensées” lui dis-je “ entre mon pessimisme à l’égard de la nature humaine et mon optimisme, qu’est-ce qui l’emporte ? “ Il ne répondit pas mais apparemment il avait lu car il s’approcha de moi avec des intentions sans ambiguïté.
- Tricheur ! “ lui lançais-je. Il s’immobilisa.
- Oui, tricheur! N’as-tu pas entendu parler de l’effet Pygmalion?” Bien sûr que si, il le connaissait car il se mit à asphurler au point qu’un courant d’air me poussait dans le dos et que je du me boucher les oreilles.
- Je ne suis pas un tricheur” dit-il “ je fais mon boulot”
- C’est Lui qui te l’a donné?
- Mais c’est Lui le tricheur! “ aspira-t-il comme s’il venait tout-à-coup de prendre conscience d’une évidence.” Merde!” Dans sa bouche aspirante, ce mot prenait les dimensions d’un étron de dinosaure.” Je me suis fait avoir! Il avait tout calculé d’avance, Il m’a laissé faire pour que l’humanité s’aguerrisse, devienne forte et puisse Le rejoindre, à la fin des temps.
- Peut-être.........
- Oui, c’est vrai......peut-être. Il n’est pas dit qu’elle y parvienne si je fais bien mon boulot. Alors, tu ne veux vraiment pas être mon associé? Apparemment il ne lisait plus dans mes pensées. Sans doute l’émotion.
- Ah tiens!  C’est déjà mieux que serviteur.
- Alors ?
- Alors non.
- Pourquoi?
- Parce que tu as triché. Que tu fasses tout pour montrer ce que les hommes ont de moche soit , c’est ton rôle. Mais je croyais que tu n’avais pas le droit de les tuer. Pourquoi as-tu tué ceux qui venaient pour te détruire?
Bah, ce ne sont que des soldats et des ecclésiastiques. J’ai fait ça pour vous montrer à quel point vous êtes stupides. En utilisant la haine pour me tuer, ils sont devenus mes complices,  ils m’ont renforcé, quelle ineptie! C’est pourquoi j'ai pu les absorber aisément.
- C’est toi qui es stupide. S’ils sont si nuls, il fallait les laisser vivre !” Il resta coi, puis, après un instant, de sa noirceur jaillirent tous mes compagnons, intacts et il disparu.
Je sorti du château entouré de tous ceux qui étaient venu pour tuer le diable. Tout à coup je les vis me regarder, bouche bée et tomber à genoux, mains jointes et tête baissée. Lucifer surgit de nouveau à mes côtés, me tendit un miroir un sourire sardonique sur ses lèvres anthracites et il disparu. J’avais une auréole !
“ Levez-vous, debout, bande de...bande de......bande de zombies !!! ” hurlais-je. J’entendis un grand rire aspirant.
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